Cette Papouasie n'est pas un rendez-vous manqué, mais plutôt une cible
mouvante! Et pour l'instant, on est plus près de s'ensabler que d'atteindre le 1000 et de fouler les plages blanches de notre destination finale… Déjà très loin de chez nous, mais encore loin
aussi (dans l'espace, c'est sûr, et dans le temps, au moins pour l'instant) de notre paradis. Alors nous voilà à errer, espérant le jugement dernier qui nous donnera enfin le droit de monter au
ciel et de nous envoler pour notre Papouasie! La première bouffée d'air à l'arrivée est surprenante, presque étouffante. L'humidité tapisse nos poumons, la chaleur nous écrase. Plus de doute, cet
entre deux mondes est le purgatoire. Mais à ce moment-là, moi je dis, pourquoi continuer jusqu'au paradis!?
Tenez, les gens par exemple, ils ont l'air heureux ici. C'est sûr
que le climat y est pour beaucoup : déjà ils ont le soleil, mais en plus vu la chaleur, il serait suicidaire d'être nerveux ou stressé. Alors, il faut se mettre à la mode australienne.
Allons-y tous ensemble pour leur leitmotiv : "No worries mate!" Les Aussies, comme on les surnomme, sont souriants, serviables, spontanés, humains tout simplement. Vous n'êtes pas devant un
arrêt de taxi depuis plus d'une minute que quelqu'un s'arrête pour vous expliquer comment en appeler un. Et dans la rue quand vous dépliez votre plan, vous n'avez même pas le temps de trouver la
bonne page qu'on vous demande où vous voulez aller. Et dire que ces gens là descendent de tous les malfrats que l'Angleterre ne voulais plus voir chez elle; elle aurait peut-être mieux fait de
les garder finalement!?
Nous sommes donc au nord-est de L'Australie, en haut de l'état du
Queensland, le "Sunshine state". Les rues de Cairns sont bordées (en tout cas, quand on y est passé, parce que depuis le cyclone, il n'y a plus grand-chose debout…) par de grands palmiers et les
gens se baignent au son d'un groupe de jazz, juste sur la promenade, dans un immense lagon artificiel gratuit d'où vous avez l'impression d'être en continuité avec la mer. Et pas n'importe
laquelle : c'est la mer de Corail, celle qui abrite la grande barrière de corail. Alors il serait bien dommage de ne pas y plonger… Aussitôt dit, aussitôt organisé : on embarque sur un
bateau mais le soleil n'est pas de la partie. On fait connaissance avec la pluie tropicale : chaudes trombes d'eau, comme vache qui pisse! M'enfin, mouillés pour mouillés, on enfile masque
et tuba et on s'immerge dans le monde surdimensionnel et intemporel des coraux. Tant de formes et de couleurs. Certains ressemblent à de petits buissons fleuris et d'autres à des déserts de
sable. Autour, des poissons de toutes forme, taille et couleurs frétillent. On distingue la lente silhouette sournoise d'un requin, mais notre anxiété est vite oubliée lorsqu'on croise la route
d'une calme et majestueuse tortue de mer, avec laquelle on partage quelques brasses. On lévite d'émerveillement dans ce grand bleu fabuleux!
On a beau errer entre deux mondes, on ne vagabonde quand même pas
tout à fait au hasard. Je n'avais pas pu m'empêcher de taquiner Pierrot qui avait acheté le Lonely Planet de l'Australie et l'a épluché pendant tous les vols. J'aurais mieux fait de tourner ma
langue 7 fois dans sa bouche! Objectif donc, rejoindre Brisbane, tout en bas du Queensland, où sera prononcé la délibération de notre purgatoire. Seulement, bizarrement on a pris goût aux escales
alors on ne descend pas cul sec… Et puis, vous y verrez peut-être un peu de nostalgie du Chili : on renoue avec les périples en bus!
Premier arrêt : l'archipel des Whitsunday Islands. En fait,
sans le savoir, vous la connaissez, puisque c'est là que se cache la célèbre île de corail en forme de cœur du livre La terre vue du ciel. Après une nuit dans un backpackers choisi par la voix du
cœur (il s'appelait le Magnum…), nous embarquons sur un catamaran pour une sortie au milieu de ces îles, juste une journée. Inutile de vous décrire la mine de l'équipage en nous voyant trimbaler
pas moins d'une grosse valise, deux sacs de rando, et deux sac à dos, totalisant un modeste 60kg! On les case dans un coin, mots d'ordre du jour : détente, repos, profit. On enfile des
combinaisons, histoire de ne pas régaler les méduses, et on plonge à nouveau dans les coraux. Les eaux sont calmes et ces habitants se font discrets, jusqu'à ce qu'une miette de pain amerrisse
juste devant votre masque, et disparaisse instantanément sous une cohue de poissons qui vous glissent dessus, vous mordillent les doigts, et vous chatouillent le ventre. Attraction hyper
touristique, mais on a adoré! Ensuite, des km de sable blanc, une balade dans de la rainforest, et une trempette dans la piscine. Pas d'île en cœur pour nous, pour ça il aurait fallu rester plus
longtemps, mais le bus n'attend pas.
Deuxième halte, pour deux jours cette fois, sur Fraser Island, la
plus grande île uniquement de sable au monde. C'est magnifique. Les paysages alternent entre désert blanc, dunes mouvantes étouffant des lagons turquoises, pics de sables ocre et brique sculpté
par le vent et la pluie, sources d'eau cristalline où zigzaguent les serpents de mer, petites forêts de palmiers dont le tronc est coiffé d'une touffe d'herbes à la Tina Turner, immense forêt
tropicale aux troncs fascinants, ceux tressés des Ficus ou ceux droits comme des mats de navire des Kauri, plage sur laquelle termine de rouiller l'épave d'un ancien bateau de croisière et où se
montrent parfois les dingos, ces fameux chiens sauvages australiens. On accède à tous ces endroits en bus bien sûr, mais une version tout terrain cette fois-ci!
Bien, la dernière ligne droite de notre périple se profile déjà à
l'horizon. Juste 7h à attendre avant de prendre la direction de Brisbane à 1h30 du matin. Qu'est-ce que c'est long, surtout quand on n'a plus de troisième joueur pour faire un petit tarot ou
deux…
Enfin arrivés, on retrouve une tête familière, répondant au nom de
Nico, aussi plus connu sous le sobriquet de Old Nick, parfois encore traduit par Vieux Grec. Enfin, pour ceux qui sont perdus, c'est une vielle connaissance de prépa. Vous ne pourrez pas le
rater, c'est un grand bonhomme qui a toujours le smile. Bon, tout ne joue pas en sa faveur puisque c'est un de ces énergumènes de taupins, mais il a tout de même eu le flair de partir pour un an
d'étude justement maintenant, justement à Brisbane, et de trouver sa coloc il y a tout juste une semaine! Alors depuis, on partage son appart, sa vie d'étudiant et ses nouveaux "mates" qui
viennent des 4 coins du globe. On enchaîne les crémaillères, les barbecues au bord du lagon artificiel (et oui, ici aussi il y en a un!), les journées à la plage, les soirées pour une raison ou
pour une autre, tout ça par quelques 30° de moyenne. Dure la vie!
On a aussi fait des rencontres surprenantes… On a fait la sieste
avec des Kangourous, sauté avec des wallabies, discuté avec un kakatoès (faudrait peut-être qu'on ralentisse sur la bière australienne!?), mais surtout on a fait des câlins à un tout petit koala.
Vous saviez que ces petites boules de poils trouvent si peu d'énergie dans leurs feuilles d'eucalyptus qu'elles dorment 20h par jour, et mangent le reste du temps sans oublier de se reposer un
peu! Mais elles sont si mignonnes… On est ressorti de ce parc comme de vrais gamins!
On passe du bon temps quoi, dans un bel endroit. Alors, qu'est-ce
qui ne tourne pas rond? Notre soucis c'est de savoir pour combien de temps on est là. C'est que nous ce n'est pas ce paradis là qu'on voulait découvrir. C'est que nous avons tellement aiguisé
notre curiosité sur la Papouasie par des livres, des images et des documentaires, que l'on se dessèche de ne pas y goûter. C'est qu'on aimerait quand même participer à ce projet intéressant et
important pour la Papouasie, pour lequel on s'est déjà tant investi et qu'on a déjà défendu devant plusieurs organisations. Alors, finalement, le purgatoire retrouve un peu de sa saveur amère
originelle, et nous attendons, impuissants, notre jugement… Plus que 2 mois, après ça nous serons damnés même en Australie!